MYCOSES VAGINALES, VAGINOSES BACTERIENNES CHRONIQUES : LE RÔLE DES HORMONES
Selon les estimations actuelles, environ 70-75% des femmes (surtout entre la puberté et la ménopause) ont eu au moins une fois dans la vie une infection à Candida spp., et 5 à 10% en souffrira de manière persistante et récidivante.
Concernant les vaginoses bactériennes, on estime à environ 20% des femmes et plus spécifiquement 10% des femmes enceintes.
Compte tenu des ces chiffres, on peut en déduire que le sujet concerne beaucoup d'entre vous.
Les causes des mycoses vaginales chroniques et des vaginoses (le plus fréquemment à Gardnerella vaginalis) sont multiples et bien souvent multifactorielles : prise de médicaments (antibiotiques), stress prolongé, choc émotionnel, alimentation, troubles digestifs tels que la Candidose Digestive ou le SIBO... mais aussi les bouleversements hormonaux.
C'est ce que nous allons voir dans cet article. Comprendre de quelle manière les hormones au cours de la vie d'une femme de la puberté à la ménopause, peuvent influencer la flore vaginale et favoriser plus ou moins le risque de récidives.
Effet des changements hormonaux sur l'écosystème vaginal
Le pH vaginal a une valeur de 4 et 4,5. L’acidité du milieu vaginal semble être le principal inhibiteur face aux infections bactériennes et aux mycoses.
Dans des conditions physiologiques normales, les Lactobacilles représentent 90% de l'écosystème vaginal pendant l’âge fertile, alors que les 10% restant sont composés de divers germes commensaux (partageant les sources de nutriment) comme les bactéries Gardnerella vaginalis ou le Candida Albicans.
Les changements hormonaux ont un impact significatif sur la survenue et l'évolution des mycoses vaginales et vaginoses bactériennes chez la femme.
Ainsi, des taux d’œstrogènes élevés favorisent la prolifération des levures comme le Candida Albicans ou Glabrata, car ces hormones augmentent la quantité de glycogène dans les cellules vaginales, qui nourrit les champignons.
Les vaginoses sont liées aux déséquilibres de la flore vaginale, et sont également très sensibles aux variations hormonales.
Le Microbiote Vaginal avant les Règles
Dans la période prémenstruelle, le taux de progestérone est élevé et celui des oestrogènes diminue. Ces changements peuvent rendre le milieu vaginal légèrement moins acide ou modifier l'équilibre bactérien.
Le pH vaginal a tendance à augmenter -il devient moins acide- ce qui peut favoriser la prolifération de certaines bactéries et levures (mycoses). C'est la raison pour laquelle les mycoses vaginales sont plus fréquentes avant les règles.
Ce phénomène sera d'autant plus important dans l'hypothèse d'un syndrome prémenstruel (SPM) . En effet, une situation inflammatoire augmentera le risque de développer une mycose vaginale ou une vaginose bactérienne.
Le Microbiote Vaginal pendant la grossesse
Pendant la grossesse, la concentration en œstrogènes augmente constamment jusqu’à rejoindre des taux très élevés, ce qui favorise en principe la prolifération des lactobacilles protectrices notamment L.Crispatus, L.Jensenii, L. Gasseri). Ces bactéries produisent de l'acide lactique, ce qui maintient un pH vaginal assez bas (acide) et protège logiquement contre les infections.
Pendant la grossesse l’écosystème vaginal devient moins varié, plus stable et largement dominé par les Lactobacillus spp (différentes souches de Lactobacilles).
Toutefois, si la flore vaginale n'était pas équilibrée au départ, les bactéries pathogènes vont se développer à la place des bactéries protectrices. Le risque de vaginose bactérienne peut alors augmenter pendant la grossesse.
Les mycoses vaginales sont moins fréquentes mais elles peuvent survenir en cas de déséquilibre hormonal ou de prise d'antibiotiques.
Le Microbiote Vaginal durant le Post-Partum
La composition de l’écosystème vaginal se modifie significativement pendant la période du post-partum à cause de la baisse des taux d’œstrogènes et de progestérone, et de l’augmentation de la prolactine, nécessaire à l’allaitement.
La réduction rapide des taux d’œstrogènes pendant le post-partum entraîne une baisse des concentrations en glycogène. Les produits de dégradation du glycogène utilisés par les bactéries produisant le lactate (acide lactique) réduisent la stabilité de la communauté et de la résilience du microbiome vaginal vis-à-vis des possibles agressions pathogènes. En outre, pendant l’accouchement des lacérations vulvo-vaginales et des abrasions vulvaires vont se créer. On peut aussi rencontrer des coupes et sutures effectuées sur les organes génitaux afin de faciliter l’expulsion du fœtus dans des situations spécifiques. Tous ces facteurs, associés à la réduction des taux d’œstrogènes pendant le post-partum et les changements du microbiote, causent sécheresse vaginale, inflammation et douleurs vulvaires : des conditions qui requièrent donc une attention particulière.
Le Microbiote Vaginal durant la Ménopause
Avec la réduction des niveaux d’œstrogènes, une perte en Lactobacilles va se produire et le canal vaginal va devenir tendanciellement alcalin, ce qui permet la colonisation d’une flore fécale et des autres pathogènes. Avec la perte d’œstrogènes liée à la ménopause, et l’augmentation d’hormones androgènes (testostérone et déhydroépiandrostérone, DHEA) liée à l’âge, l’architecture de la paroi vaginale subit des profondes modifications. Le vagin va se raccourcir et rétrécir, on a une perte d’élasticité et un affinement de la muqueuse et sous-muqueuse, une réduction des vaisseaux sanguins, sécheresse et inflammation des parois vaginales.
Comment restaurer le trophisme et l’hydratation des muqueuses ?
Comment restaurer le trophisme et l’hydratation des muqueuses ?
L’objectif est ce de restituer aux tissus à la fois une correcte hydratation et les matières premiers nécessaires à leur reconstitution pour retrouver leurs caractéristiques physiologiques, telles que : élasticité, épaisseur, capacité d’accueillir une flore abondante et équilibrée.
Il sera donc fondamental de :
- choisir un soin de toilette intime adapté aux différentes phases de vie de la femme et à la présence d’éventuelles pathologies vulvo-vaginales. L’utilisation de produits inadaptés ou même agressifs pour la muqueuse pourrait favoriser l’insurger d’irritations, phénomènes allergiques, infections bactériennes ou fongiques
- hydrater et soutenir le trophisme de la muqueuse grâce à l’application quotidienne d’une crème adaptée
- favoriser une correcte colonisation du milieu vulvo-vaginal par une flore de Doderlein équilibrée en utilisant des probiotiques oraux et locaux.